Qu’est ce que le rite de sagesse, autour de la ménopause ?

Le rite de sagesse est en lien à la ménopause mais pas seulement. Il dépend de l’âge, des cycles de vie. Des femmes sont ménopausées très tôt pour différentes raisons mais ne sont pas encore dans ce passage du temps de sagesse. Les Amérindiennes passent ce rite de sagesse après 52 ans si elles n’ont plus leurs lunes depuis un an. Cela correspond à un moment de maturité. Au niveau astrologique cela s’explique très bien mais je ne vais pas rentrer dans ces considérations. C’est juste important de voir tous ce signes qui confirment les choses. C’est un moment propice pour se libérer et souvent cela correspond au départ des enfants, ou à d’autres libérations énergétiques ou de responsabilités… C’est un temps où l’on peut passer à autre chose, faire une pause, redéfinir nos besoins et nos aspirations, c’est une autre place dans la société, une autre direction dans la roue de vie du canyon du temps. C’est un moment plus propice pour être avec Soi et la vie nous fait cette place si nous savons laisser faire, laisser aller, lâcher-prise… L’âme se fait plus proche ! il y a le temps des premières lunes et le temps des dernières lunes, c’est la nature lunaire de la femme et la roue des cycles mais c’est un bouleversement énorme aussi bien au niveau physique, physiologique que psychologique.
Ce temps n’est pas valorisé dans nos sociétés, il est devenu une maladie, quelque chose que l’on traite, que l’on essaie de faire disparaître comme les lunes d’ailleurs… et comme beaucoup d’autres aspects de la vie qui ont perdu la connaissance subtile du plan divin et du sacré. Dans les cultures ancestrales, on nous dit toujours que l’on meurt pour un meilleur, c’est une loi sacrée universelle. On quitte un état pour s’ouvrir à un autre qui sera encore plus vaste. La mort peut aussi être vue comme une fête, même s’il y a un deuil, et il y en a un dans chaque rite de passage. On peut le célébrer, être en gratitude de tout ce qui a été vécu, tout en étant excité de passer dans un autre état : c’est le mouvement de la vie. On apprend à mourir à chaque instant pour être profondément en vie, et c’est ce qui est célébré dans le rite de passage, l’acceptation de l’impertinence, la foi d’un meilleur, accepter de mourir à un état pour renaître à un nouvel espace, faire le pas volontairement dire Oui à la Vie, à ce profond mystère qui nous permet de grandir en sortant des espaces confortables car connus… C’est passer volontairement la porte qui s’ouvre devant nous avec le coeur plein de gratitude pour tout ce qui a été et plein de confiance pour tout ce qui sera !

La ménopause est souvent un deuil pour la femme parce que c’est profondément physiologique de porter la vie même si elle ne veut plus d’enfant. Le changement hormonal entraine aussi beaucoup de transformations bien souvent difficiles à accepter, nous en parlons souvent dans la préparation du rite, c’est une préoccupation courante et chargée de plein de croyances. Cela peut être une grande libération si l’on comprend l’autre façon de porter la vie, qui est trop méconnue et peu valorisée. Dans la culture amérindienne on nous parle beaucoup de la visionnaire. Toute l’énergie sollicitée pour fabriquer l’ovule, pour préparer l’utérus à porter la vie chaque mois concentre énormément d’énergie. A la ménopause elle est libérée et transférée dans les chakras du haut, le troisième oeil, ce qui augmente le potentiel de clairvoyance et une plus grande connexion avec le subtil, l’âme…. Il y a aussi un afflux d’énergie dans le chakra laryngé qui provoque souvent d’ailleurs des problèmes de thyroïde si nous ne savons pas comment l’utiliser. Souvent cela crée des envies d’aller chanter d’où la moyenne d’âge dans les chorales et la grande proportion de femmes mais dans les peuples premiers, les femmes de cet âge étaient des transmettrices, transmettrices de la connaissance basée sur leur expérience de vie. 
Dans nos sociétés, ménopause rime plus avec vieillesse qu’avec sagesse. On éloigne le plus possible le moment.  Pourtant là aussi dans d’autres peuples, au contraire cela rime avec éternelle jeunesse… J’ai passé cette porte il y a peu de temps et même si je n’ai pas encore trouvé les secrets de l’éternelle jeunesse, je peux témoigner à quel point ça me met en contact avec une deuxième jeunesse, qui n’est pas forcément dans mon corps physique, mais à l’intérieur comme un relent d’émerveillement. C’est retrouver le contact avec l’enfant magique en nous, comme disent les Anciens. Avoir les yeux illuminés, pétillants, avec ce sourire d’enfant, c’est ça la sagesse : cette innocence consciente. 
La forme du rite de passage que nous faisons chez nous m’est venue en rêve, inspirée par mes guides et les gardiennes du conseil des 13 lunes;  il y a 4 jours de préparation comme une roue médecine avec 4 étapes, 4 directions et 4 pouvoirs; chaque journée est nourrie par un cercle de partage entre femmes, et un temps d’introspection pour récapituler émotionnellement, physiquement sa vie des dernières lunes jusqu’à aujourd’hui, souvent d’ailleurs dans l’ordre inverse c’est-à-dire d’aujourd’hui jusqu’à ses premières lunes. Il s’agit d’accueillir, se laisser traverser par les émotions, les larmes, les rires quand ils sont présents jusqu’à ce que l’on puisse tout regarder avec recul et détachement et dire « je suis ok avec tout, c’est ma vie, je suis toutes ces expériences, j’en suis nourrie et je remercie». C’est en faire un terreau pour la troisième tranche de vie où tout est encore possible et plus léger car il y a moins de responsabilités dans la matière. Il s’agit de passer la porte en laissant le sac à dos à la porte, les pieds nus, légère comme un papillon. 
Puis il y a la cérémonie en elle-même où est convié tout le monde et où l’on fait une rapide introspection en marchant dans une spirale puis on passe physiquement un seuil, une marche comme si l’on pénétrait dans un nouvel espace, un nouveau monde…. Je ne dévoile pas tout mais c’est très beau et authentique !!!
Cela permet de trouver ou retrouver ce rôle très important des aînés d’amener la vision, de raconter son expérience de vie, les leçons que nous avons acquises par l’expérience, apprises sur le chemin. Quand les Anciennes viennent témoigner dans les cercles de parole, cela permet pour les plus jeunes de garder la mémoire de celles qui sont venues avant, de leurs combats. Comme pour la pilule, l’avortement, pour être dans la gratitude de celles qui se sont levées pour que l’on ait ces choix même si nous en faisons d’autres aujourd’hui. Cela guérit beaucoup et amène un vrai partage inter-générationnel, ce sont des conteuses qui gardent la mémoire, un témoignage de toutes ces pépites, les cadeaux de toutes ces expériences de vie, même les plus douloureuses.
Pour les hommes, nous faisons passer aussi ce rite de sagesse, sans attendre l’andropause bien trop tardive. C’est souvent vers 56, 57 ans que les hommes sont demandeurs. Et c’est la même chose, je peux témoigner à quel point après les rites de passage il y a des choses qui changent. Comment le « faire les choses » devient moins important, le besoin de ralentir, d’être moins dans le concret, comment on se déleste des responsabilités. Il y a quelque chose qui se décharge des épaules, on reçoit un châle de sagesse et il y a quelque chose qui se déleste dans ce que l’on a porté. Et l’on reconnait les jeunes qui portent à leur tour, c’est un moment de transmission, beaucoup plus de son expérience que d’un enseignement théorique. 
Je rêve d’un monde où les aînés retrouveront leur place de gardiens des lois sacrées dans leur immense sagesse, leur grande compassion et leur vision juste et globale. 
Carol Anpo Wi

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